Don de lait maternel sur Internet : quels risques pour les nourrissons ?

S Par Sabine Vimencourt ·
Don de lait maternel sur Internet : quels risques pour les nourrissons ?

Des milliers de mères s'échangent du lait maternel via des groupes Facebook, parfois contre de l'argent, en dehors de tout contrôle médical. Un phénomène en pleine expansion qui alarme les pédiatres et les autorités sanitaires.

Des réseaux sociaux transformés en marché du lait maternel

Le point de départ est souvent le même : une production de lait qui dépasse largement les besoins du nourrisson. Plutôt que de jeter ces réserves, des mères se tournent vers des groupes Facebook comme « Partager du lait maternel » ou « Human Milk 4 Human Babies France », qui fédèrent aujourd'hui des milliers de membres.

Les échanges s'organisent à coups d'annonces géolocalisées et de photos de stocks congelés, le tout reposant sur la confiance mutuelle. « Je donne bien mon sang, pourquoi je ne pourrais pas donner mon lait ? Si ça peut servir, ça doit servir ! », témoigne Krystal, 32 ans, auprès du Parisien.

Certaines transactions vont plus loin. Des annonces proposent du lait à la vente, parfois à des tarifs très élevés — 30 euros les 60 ml selon des exemples relevés par le quotidien. Or, en France, la commercialisation du lait maternel est formellement interdite, sous peine de cinq ans d'emprisonnement et 75 000 euros d'amende.

Des risques bactériologiques que les précautions maison ne suffisent pas à écarter

Les professionnels de santé sont unanimes : cette solidarité informelle expose les nourrissons à des dangers réels. « On ne peut pas donner son lait à la voisine du coin ! », avertit Sandra Brancato, pédiatre et présidente de l'Association française de pédiatrie ambulatoire. Le lait maternel peut transmettre virus et bactéries si la donneuse est porteuse à son insu.

La conservation pose un problème tout aussi sérieux. Un congélateur domestique ne garantit ni la stabilité thermique ni l'absence de contamination. Une étude américaine datant de 2013 a établi que près de 74 % des échantillons de lait achetés en ligne présentaient une charge bactérienne élevée — un risque particulièrement grave pour les bébés fragiles.

Certaines mères tentent de pallier ces lacunes par leurs propres moyens. Laetitia, qui dit avoir récupéré « des dizaines de litres » sur Internet, explique interroger les donneuses et pasteuriser elle-même le lait. Des mesures qui restent sans commune mesure avec les protocoles appliqués dans les filières officielles.

Les lactariums, une solution méconnue qui manque de dons

Il existe pourtant une voie sécurisée : le don en lactarium. Ces structures spécialisées collectent, analysent, pasteurisent et redistribuent le lait aux nourrissons qui en ont le plus besoin, au premier rang desquels les prématurés hospitalisés.

Mais ces établissements souffrent d'un manque de visibilité chronique. « On est souvent confrontés à un risque de pénurie », reconnaît le professeur Jean-Charles Picaud, président de l'association des lactariums de France. « Le lait peut être vital pour les bébés hospitalisés », rappelle-t-il.

Alors que le marché parallèle continue de croître, la question de la promotion des lactariums auprès du grand public s'impose comme un enjeu de santé publique difficile à ignorer.