Une commission d’enquête parlementaire publiée le 11 septembre 2025 accuse TikTok d’exposer délibérément les mineurs à des contenus « toxiques, dangereux, addictifs ». Elle réclame l’inscription dans le droit français ou européen d’une interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Un rapport qui relance le débat sur la place de la plateforme la plus téléchargée au monde dans la vie des jeunes.
Une plateforme omniprésente chez les jeunes
TikTok s’est imposé comme l’un des réseaux favoris des adolescents depuis la crise du Covid en 2020. Au premier trimestre 2023, l’application dépassait même Instagram en nombre de téléchargements à l’échelle mondiale. En février 2025, elle comptait 1,59 milliard d’utilisateurs actifs dans 155 pays.
En France, la plateforme revendique 14,9 millions d’utilisateurs mensuels, dont 72 % auraient moins de 24 ans. Un ancrage massif chez les plus jeunes qui inquiète de plus en plus les spécialistes.
Un algorithme conçu pour retenir l’attention
Olivier Duris, psychologue et docteur en psychopathologie spécialisé dans le rapport aux écrans, pointe la puissance redoutable de l’algorithme de TikTok. Selon lui, des psychologues et sociologues employés par la plateforme conçoivent des mécanismes — appelés dark patterns — destinés à maximiser le temps passé sur l’application.
« Le problème, c’est qu’il est déjà extrêmement difficile, en tant qu’adulte, de quitter cet engrenage, alors imaginez en tant qu’enfant… »
Le spécialiste précise que le danger ne réside pas tant dans une addiction à l’écran lui-même, mais dans le temps considérable qu’il accapare. Ce temps soustrait aux activités physiques, créatives ou sociales nuit au développement psychomoteur des enfants et des adolescents. Dans ce contexte, il devient essentiel pour les parents de mettre en place des repères clairs, notamment en apprenant à limiter le temps d’écran chez les enfants.
Des contenus inadaptés et un cerveau immature
La commission parlementaire va plus loin : elle estime que l’algorithme de TikTok met systématiquement en avant « les contenus les plus extrêmes et radicaux ». Violence, incitation à la haine, automutilation, glorification de la maigreur ou de modèles masculins brutaux — le flux est continu, court, et conçu pour stimuler intensément.
Or, les enfants ne disposent pas encore des outils cognitifs pour exercer un regard critique sur ces contenus. Olivier Duris souligne qu’un jeune utilisateur ne distingue pas toujours le vrai du faux, ni la sphère publique de la sphère privée — et peut ignorer que tout ce qu’il publie en ligne peut y demeurer indéfiniment.
La commission va jusqu’à affirmer que l’usage de TikTok ne se contente pas d’aggraver des troubles psychiques préexistants, mais « semble, à elle seule, en favoriser l’émergence ».
Un cadre légal insuffisant et inappliqué
La France a instauré en 2023 une majorité numérique fixée à 15 ans. Mais faute de décret d’application et d’aval de la Commission européenne, ce seuil reste lettre morte. En pratique, un enfant peut aujourd’hui ouvrir un compte TikTok dès 13 ans.
Le président de la commission d’enquête a annoncé saisir la justice pour mise en danger de la vie des utilisateurs. La commission recommande désormais d’ancrer l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans dans le droit de l’Union européenne ou dans la législation française. La balle est dans le camp des législateurs — et l’horloge tourne.
Face à ces constats, plusieurs experts appellent à mieux encadrer l’usage des réseaux sociaux chez les jeunes. Vous pouvez consulter les recommandations officielles sur le site de Santé publique France, qui propose des repères pour protéger les enfants face aux écrans.