L’idée de consulter un psychologue pour son enfant peut soulever beaucoup de questions. Est-ce “trop tôt” ? Trop tôt ? Une inquiétude exagérée ? Le signe que quelque chose ne va pas ? En réalité, consulter un psychologue n’est pas un signe d’échec parental : c’est souvent une démarche de soutien, pour aider un enfant (et sa famille) à traverser une période difficile, à mieux comprendre ce qu’il vit ou à retrouver un équilibre.
Quand la consultation peut être utile
Un enfant peut avoir besoin d’un psychologue à différents moments : après un événement marquant, lors d’un changement important, ou simplement quand une émotion prend trop de place. La consultation peut servir à :
- mettre des mots sur ce que l’enfant ressent (peur, tristesse, colère, honte, inquiétude)
- apaiser des symptômes (anxiété, troubles du sommeil, maux de ventre, crises)
- aider l’enfant à trouver des stratégies pour se calmer et se sentir en sécurité
- soutenir la relation parent-enfant (quand le quotidien devient très tendu)
- accompagner une famille dans une transition (séparation, deuil, déménagement, arrivée d’un bébé, harcèlement, maladie…)
Parfois, une ou deux séances suffisent à éclairer la situation. D’autres fois, un suivi plus régulier est recommandé. Dans tous les cas, consulter peut être un “point d’appui”, pas forcément un engagement long.
Les signes qui peuvent alerter
Il n’existe pas une liste “magique”, et un signe isolé ne signifie pas forcément qu’il faut consulter. Ce qui compte, c’est la durée, l’intensité et l’impact sur le quotidien (école, sommeil, relations, appétit, jeux, confiance).
1) Des émotions très intenses ou envahissantes
- crises de colère fréquentes, explosives, difficiles à apaiser
- tristesse persistante, pleurs fréquents, perte d’entrain
- anxiété marquée : peurs qui prennent toute la place, inquiétudes excessives
- irritabilité constante, hypersensibilité, “tout le blesse”
2) Un changement soudain de comportement
- enfant habituellement joyeux devenu fermé, distant, “ailleurs”
- isolement, retrait social, évitement des amis
- agressivité nouvelle (à la maison ou à l’école)
- régression : pipi au lit, besoin très fort d’être collé, langage qui régresse
3) Des troubles du sommeil qui s’installent
- endormissements très difficiles, refus du coucher
- réveils nocturnes fréquents, cauchemars récurrents
- peur intense de dormir seul, anxiété au moment de la nuit
- fatigue importante en journée
4) Des signes physiques sans cause médicale claire
Beaucoup d’enfants expriment leur stress par le corps.
- maux de ventre, nausées, maux de tête fréquents
- tensions, tics, agitation
- perte ou augmentation importante de l’appétit
Si un médecin a écarté une cause organique, un psychologue peut aider à explorer la dimension émotionnelle.
Si un médecin a écarté une cause organique, un psychologue peut aider à explorer la dimension émotionnelle. Dans les situations les plus sévères, certaines trajectoires peuvent conduire à des prises en charge lourdes, comme chez les enfants hospitalisés en psychiatrie, ce qui souligne l’importance d’un repérage et d’un accompagnement précoces.
5) Des difficultés à l’école qui dépassent le “petit passage”
- refus d’aller à l’école, pleurs réguliers, phobie scolaire
- chute brutale des résultats
- troubles de l’attention, agitation, opposition marquée
- harcèlement, isolement, conflits fréquents
Un psychologue peut aider à comprendre ce qui se joue et à coordonner, si besoin, avec l’école et d’autres professionnels.
6) Un événement de vie difficile
Il est particulièrement pertinent de consulter si ton enfant a vécu :
- séparation conflictuelle, déménagement vécu comme une rupture
- deuil, accident, hospitalisation
- violences, exposition à des disputes, ambiance familiale très tendue
- harcèlement ou humiliation répétée
Même si l’enfant “a l’air d’aller bien”, certaines choses mettent du temps à émerger.
7) Des paroles qui inquiètent
- “Je suis nul”, “Personne ne m’aime”, “Je voudrais disparaître”
- discours très dévalorisant, culpabilité intense
- propos autour de la mort ou du fait de ne plus être là
Dans ce cas, il ne faut pas rester seul avec ça : un avis professionnel rapide est important.
La règle simple pour décider
Si tu hésites, voici une question très utile :
“Est-ce que cela dure depuis plusieurs semaines (ou revient très souvent) et est-ce que ça abîme le quotidien de mon enfant ou de la famille ?”
- Si c’est ponctuel, lié à un événement identifiable, et que l’enfant retrouve ses repères → on peut observer, soutenir, et en parler calmement.
- Si c’est persistant, intense, ou si tu sens une souffrance qui s’installe → consulter peut vraiment aider.
Et parfois, l’indicateur le plus fiable, c’est ton ressenti : si tu te dis souvent “je ne sais plus comment l’aider”, c’est déjà une raison valable de chercher du soutien.
À quel âge peut-on consulter ?
À tout âge. Les psychologues s’adaptent au développement de l’enfant :
- petite enfance : observation, jeu, guidance parentale, échanges avec les parents
- maternelle / primaire : jeu, dessin, histoires, outils émotionnels simples
- pré-ado / ado : échanges plus verbaux, confidentialité encadrée, soutien sur l’estime de soi, l’anxiété, les relations, etc.
Il n’est pas nécessaire que l’enfant “sache expliquer” ce qu’il ressent pour consulter.
Psychologue, pédopsychiatre, CMP : qui contacter ?
Psychologue
Professionnel de l’écoute et du soutien psychologique. Il aide à comprendre, apaiser, mettre en place des stratégies. Il ne prescrit pas de médicaments.
Pédopsychiatre
Médecin spécialiste de la santé mentale de l’enfant. Il peut prescrire si nécessaire et intervient davantage quand les symptômes sont sévères ou complexes.
Médecin traitant / pédiatre
Très bon point de départ : il peut écarter une cause médicale, orienter vers le bon professionnel, et aider à prioriser.
CMP / CMPP
Structures publiques (ou associatives) qui proposent des consultations, parfois avec des délais. Utile si le budget est un frein ou si une prise en charge pluridisciplinaire est nécessaire.
Pour mieux comprendre les dispositifs existants et les enjeux liés à la santé mentale des enfants, les ressources institutionnelles constituent un appui fiable pour les parents.
Comment en parler à son enfant
L’idée est de dédramatiser et de rester simple :
- “On va rencontrer quelqu’un dont le travail est d’aider les enfants quand ça déborde un peu dans la tête ou dans le cœur.”
- “Tu n’as rien fait de mal. On y va pour t’aider à te sentir mieux.”
- “Tu peux parler, jouer, dessiner… et si tu n’as rien à dire, c’est ok aussi.”
Évite de présenter ça comme une “punition” ou une solution magique. C’est plutôt un espace de sécurité. Pour aborder cette discussion avec plus de calme et de disponibilité émotionnelle, prendre soin de soi pour mieux accompagner son enfant peut aussi faire la différence dans la manière dont le message est transmis.
Et si l’autre parent n’est pas d’accord ?
C’est fréquent. Dans ce cas, aide-toi de faits concrets :
- ce que tu observes (sommeil, crises, école, maux de ventre…)
- depuis quand
- ce que tu as déjà essayé
- l’impact sur l’enfant et la famille
Proposer une première séance d’évaluation (sans engagement) peut rassurer. L’objectif n’est pas d’avoir “raison”, mais de soutenir l’enfant.