Il suffit d’un jeu de société, d’une partie de cartes ou d’une course improvisée pour que tout bascule : l’enfant se fâche, jette le pion, quitte la table, pleure ou crie. Perdre peut devenir une véritable épreuve.
Pourquoi perdre est-il si difficile pour certains enfants ?
La frustration est encore difficile à réguler
Perdre oblige à accepter que les choses ne se passent pas comme prévu. Or la capacité à tolérer la frustration dépend de zones cérébrales encore immatures. Quand l’enfant perd, son cerveau émotionnel réagit avant qu’il puisse relativiser. Cela ressemble aux réactions observées lors d’un trop-plein émotionnel.
L’enfant associe perdre à un échec personnel
Pour lui, perdre signifie :
- “je ne suis pas capable”,
- “je suis nul”,
- “les autres sont meilleurs”.
Les enfants qui se dévalorisent facilement vivent la défaite comme une menace pour leur estime d’eux-mêmes.
Un besoin fort de contrôle
Certains enfants ont besoin de savoir ce qui va se passer, de maîtriser le déroulé du jeu et d’anticiper le résultat. Perdre les déstabilise profondément. Ce besoin de contrôle est souvent plus intense dans les périodes où la vie familiale est chargée émotionnellement.
Une hypersensibilité émotionnelle
Les enfants sensibles ressentent tout plus fort : joie, excitation, injustice, déception. La défaite leur provoque une vague émotionnelle difficile à contenir.
Une exposition insuffisante au plaisir de jouer “pour jouer”
Dans une société centrée sur les résultats, certains enfants s’imaginent qu’ils doivent réussir pour être valorisés. Ils confondent jeu et performance.
Quels comportements peut-on observer ?
- l’enfant accuse les autres de tricher
- refuse de rejouer
- pleure ou s’isole
- se met en colère
- abandonne dès qu’il sent qu’il va perdre
- transforme chaque jeu en compétition improductive
- demande à changer les règles en cours de route
Ces réactions ne sont pas des manipulations : elles expriment un débordement émotionnel.
Comment aider un enfant qui déteste perdre ?
Préparer l’enfant avant de jouer
“Dans un jeu, parfois on gagne, parfois on perd. On joue pour passer un bon moment.” Cela pose le cadre et rassure.
Valoriser l’effort, pas le résultat
Dire : “Tu as bien cherché, tu as persévéré.” plutôt que : “Bravo, tu as gagné !” Cela renforce l’idée que perdre n’est pas un drame.
Introduire de petits défis où l’erreur est autorisée
Des jeux où il n’y a pas de gagnant :
- Lego
- puzzles
- activités créatives
- jeux coopératifs
Idéal pour apaiser la pression.
Accueillir la déception, sans minimiser
Lorsque l’enfant perd, sa réaction émotionnelle peut être très intense. Son cerveau ne fait pas encore la distinction entre “j’ai perdu une partie” et “je ne suis pas à la hauteur”. Minimiser – “ce n’est rien”, “allez, arrête de pleurer” – ne fait qu’accentuer son sentiment d’injustice ou d’incompréhension.
L’accueil, en revanche, ouvre une porte :
“Tu es déçu… je vois que c’était important pour toi.”
“C’est difficile de perdre, ton émotion est normale.”En reconnaissant ce qu’il ressent, l’enfant se sent compris et soutenu. Son système nerveux s’apaise plus rapidement car il n’a plus à lutter pour faire entendre sa frustration. C’est dans ce climat sécurisant qu’il peut progressivement apprendre à relativiser la défaite et à développer une meilleure tolérance à la frustration.
Enseigner l’art de rejouer
Après une défaite, la pression interne est telle que l’enfant peut refuser catégoriquement de continuer. C’est pourquoi il est essentiel d’introduire une étape intermédiaire : la pause.
Proposer calmement :
“Tu veux souffler un peu avant qu’on rejoue ?”
“On peut faire une pause et recommencer quand tu seras prêt.”
Cette posture montre que rejouer n’est pas un test, mais une occasion d’essayer différemment.
Sans obligation, sans défi, sans sous-entendu.
À force de vivre ces expériences accompagnées, l’enfant découvre qu’on peut repartir après une déception, que l’échec n’est pas définitif, et qu’il a la capacité d’affronter à nouveau une situation difficile. C’est un apprentissage fondamental pour la construction de la résilience.
Donner l’exemple
L’enfant observe bien plus qu’il n’écoute. Lorsqu’il voit un adulte perdre en exagérant la déception avec humour, en disant :
“Oh, j’ai perdu… tant pis, je retente !”
il découvre une autre manière de vivre l’échec.
Un parent qui accepte la défaite avec légèreté ou autodérision offre un modèle précieux. L’enfant comprend alors que perdre n’est ni honteux ni dramatique.
Cet exemple quotidien vaut davantage que toutes les explications théoriques, car il montre que :
- l’erreur n’abîme pas la relation,
- la défaite n’enlève rien à la valeur personnelle,
- le jeu reste un plaisir, quel que soit son résultat.
Peu à peu, l’enfant intègre que le plaisir de jouer peut dépasser l’enjeu de gagner.
Observer les périodes difficiles
Si les crises autour des jeux deviennent fréquentes, cela peut révéler :
- fatigue,
- anxiété,
- surcharge émotionnelle,
- tensions familiales,
- estime de soi fragile.
Les enfants dont les parents traversent une période d’épuisement réagissent souvent plus fortement.