Il suffit d’un exercice un peu difficile, d’un dessin qui dépasse, d’un jeu perdu ou d’un mot mal interprété pour que certaines phrases reviennent : “Je suis nul.”. “Je n’y arriverai jamais.”. “Je suis le pire.” Ces réactions rapides ne traduisent pas un manque de confiance généralisé, mais une montée émotionnelle fulgurante.
Quand la moindre difficulté devient une tempête intérieure
Chez ces enfants, la frustration provoque une réaction immédiate. Leur cerveau émotionnel fonctionne en mode “urgence”. Ils ne voient plus la tâche à accomplir, mais une menace : peur d’échouer, peur de décevoir, peur d’être jugés.
Certains ont aussi un imaginaire très précis : s’ils n’atteignent pas le résultat qu’ils imaginaient, ils concluent aussitôt qu’ils “ne sont pas à la hauteur”.
D’autres sont extrêmement sensibles au regard des adultes. Un simple soupir, un ton un peu sec, un silence prolongé… et ils pensent avoir “mal fait”. Ce fonctionnement apparaît souvent dans des foyers où la charge émotionnelle est forte.
Ces petites phrases qui disent beaucoup
Les enfants qui se dévalorisent ne cherchent pas l’attention.
Ils tentent d’échapper à :
- l’inconfort de la difficulté,
- la peur de mal faire,
- la comparaison avec les autres,
- la sensation d’être dépassés.
Leur “je suis nul” signifie souvent : “Je suis débordé, aide-moi à retrouver mes repères.”
Quand faut-il s’inquiéter ?
On peut se questionner lorsque :
- l’enfant abandonne avant même d’essayer,
- ses réactions sont disproportionnées par rapport à la situation,
- il refuse certaines activités par peur d’échouer,
- il dramatise une erreur minuscule,
- il se compare sans cesse aux autres,
- la dévalorisation devient quotidienne.
Ces signaux montrent surtout une fatigue émotionnelle ou un besoin accru d’être sécurisé.
Comment soutenir un enfant qui se dévalorise ?
1. Répondre à l’émotion, pas aux mots prononcés
Contredire (“Mais non, tu n’es pas nul !”) coupe le dialogue. Reconnaître l’émotion apaise : “Tu es déçu, je le vois. Tu aurais aimé réussir tout de suite.” L’enfant sent alors qu’il peut être accueilli sans jugement.
2. Montrer que la difficulté fait partie du chemin
Les enfants qui se dévalorisent croient que les autres réussissent sans effort. On peut les rassurer : “Tu apprends. Et apprendre, c’est essayer plusieurs fois.” Cette normalisation enlève une pression énorme.
3. Mettre en valeur le processus, pas le résultat
Plutôt que :
- “Bravo, tu as réussi !”
valoriser :
- “Tu t’accroches.”
- “Tu trouves des solutions.”
- “Tu continues malgré la difficulté.”
Cela restructure leur manière de se percevoir.
4. Repérer les moments où tout devient plus difficile
La dévalorisation surgit plus souvent quand l’enfant est :
- fatigué,
- stressé,
- surchargé émotionnellement,
- en période scolaire intense,
- confronté à un climat familial tendu.
Les enfants réagissent beaucoup plus intensément lorsque leurs parents traversent eux-mêmes une phase d’épuisement.
5. Créer des espaces où l’erreur ne menace rien
Le but est que l’enfant expérimente l’essai, le raté, le recommencement. Activités idéales :
- jeux coopératifs,
- art libre,
- constructions,
- bricolages,
- défis amusants sans comparaison.
Ce sont des terrains émotionnels sécurisés.
6. Montrer que l’adulte aussi se trompe
L’enfant observe avant de comprendre. Voir un parent dire avec simplicité : “Ah, j’ai fait une erreur, je recommence.” lui offre un modèle puissant : l’erreur n’abîme rien, n’humilie personne et ne change pas l’amour qu’on lui porte.
Une autre façon de se voir soi-même
Peu à peu, l’enfant qui se dévalorise peut apprendre que :
- une difficulté n’est pas une preuve d’incapacité,
- une erreur n’est pas un échec,
- sa valeur ne dépend pas d’un résultat immédiat,
- il peut ressentir une émotion forte sans se définir par elle.
Ce chemin est long, mais il transforme profondément la manière dont l’enfant se parle intérieurement.