La violence éducative ordinaire est longtemps restée banalisée dans notre société. Fessées, gifles, cris, humiliations ou menaces ont parfois été perçus comme des outils éducatifs normaux, transmis de génération en génération. Pourtant, les connaissances scientifiques et les évolutions juridiques ont profondément changé le regard porté sur ces pratiques.
Aujourd’hui, les violences éducatives ordinaires sont reconnues comme néfastes pour le développement de l’enfant, tant sur le plan émotionnel que psychologique. Comprendre ce concept permet aux parents de prendre du recul, sans culpabilité, et d’envisager des alternatives respectueuses.
Qu’est-ce qu’une violence éducative ordinaire ?
La violence éducative ordinaire désigne toute forme de violence utilisée dans un but éducatif, qu’elle soit physique, verbale ou psychologique. Elle s’inscrit souvent dans le quotidien, sans intention de nuire, mais avec l’idée de « corriger » un comportement, alors même que la loi qui interdit la fessée et les violences éducatives a clairement posé un cadre protecteur pour les enfants.
Elle peut prendre différentes formes :
- violences physiques : gifles, fessées, tirage de bras
- violences verbales : cris, insultes, menaces
- violences psychologiques : humiliations, chantage affectif, dévalorisation
Le caractère “ordinaire” ne signifie pas qu’elle est anodine, mais qu’elle est socialement tolérée ou minimisée, parfois même encouragée dans certains discours.
Pourquoi ces violences ont-elles été longtemps acceptées ?
Pendant des décennies, l’éducation reposait sur un rapport d’autorité verticale, où l’enfant devait obéir sans discussion. Les violences éducatives ordinaires étaient perçues comme des moyens rapides et efficaces pour imposer des règles.
De nombreuses phrases populaires ont contribué à cette normalisation :
« Une bonne fessée n’a jamais fait de mal »,
« C’est pour son bien »,
« Il faut bien les dresser un peu ».
Ces croyances persistent encore aujourd’hui, malgré les preuves scientifiques montrant leurs effets négatifs à long terme.
Quels sont les impacts des violences éducatives ordinaires sur l’enfant ?
Les recherches en neurosciences affectives montrent que les violences éducatives ordinaires activent le stress chez l’enfant. Son cerveau, encore immature, n’est pas en capacité de comprendre le sens éducatif supposé de la violence.
Les conséquences possibles incluent :
- insécurité affective
- difficultés à gérer les émotions
- baisse de l’estime de soi
- reproduction de comportements violents
- troubles anxieux ou relationnels
L’enfant apprend alors que la violence est une réponse acceptable face à la frustration ou au conflit, ce qui peut influencer durablement ses relations futures.
Que dit la loi française aujourd’hui ?
Depuis 2019, le Code civil affirme clairement que l’autorité parentale s’exerce sans violences physiques ou psychologiques. Cette évolution marque une reconnaissance officielle du droit de l’enfant au respect de son intégrité, inscrite dans le principe d’autorité parentale sans violences.
Il ne s’agit pas de criminaliser les parents, mais de faire évoluer les pratiques éducatives vers des modèles plus protecteurs et plus respectueux du développement de l’enfant.
Peut-on éduquer sans violences éducatives ordinaires ?
Oui, et c’est même essentiel. Éduquer sans violence ne signifie pas renoncer aux règles ou à l’autorité. Cela implique de poser un cadre clair, tout en respectant les besoins émotionnels de l’enfant, comme le propose l’éducation positive.
Des alternatives existent :
- expliquer les règles avec des mots adaptés
- accueillir les émotions sans valider tous les comportements
- utiliser la réparation plutôt que la punition
- anticiper les situations de tension
- prendre des temps de pause lorsque l’émotion déborde
Ces pratiques demandent du temps et de l’apprentissage, mais elles favorisent une relation plus sécurisante et durable.
Sortir de la culpabilité parentale
Beaucoup de parents découvrant la notion de violence éducative ordinaire ressentent de la culpabilité. Pourtant, personne n’est parfait. La plupart des adultes reproduisent ce qu’ils ont eux-mêmes connu, souvent sans outils alternatifs.
L’important n’est pas de viser une parentalité idéale, mais de cheminer progressivement, d’oser remettre en question certaines habitudes et de s’autoriser à faire autrement. Cela passe aussi par le fait de prendre soin de soi pour mieux accompagner ses enfants, afin de disposer des ressources émotionnelles nécessaires dans les moments de tension.
Vers une éducation plus respectueuse
Reconnaître les violences éducatives ordinaires, c’est ouvrir la porte à une parentalité plus consciente, plus respectueuse et plus sécurisante. Chaque petit pas compte. Chaque tentative de dialogue, chaque effort pour comprendre plutôt que contraindre, participe à construire une relation parent-enfant fondée sur la confiance.
Changer de regard sur l’éducation, c’est aussi offrir aux enfants d’aujourd’hui des bases émotionnelles solides pour devenir les adultes équilibrés de demain.