Ce n’est pas dans les premières semaines suivant la naissance que les pères sont les plus vulnérables, mais bien un an plus tard. C’est ce que révèle une vaste étude publiée dans JAMA Network Open, qui bouscule les idées reçues sur la santé mentale paternelle.
Une hausse d’anxiété qui survient plus tard qu’on ne le croit
L’étude, conduite entre 2003 et 2021, a suivi plus d’un million de pères. Ses conclusions sont claires : le niveau de stress augmente de 30 % chez les jeunes papas aux alentours du premier anniversaire de leur enfant, une période bien plus tardive que celle généralement associée à la fragilité parentale.
Donghao Lu, auteur principal de la recherche, souligne que cette montée progressive mérite une attention particulière :
« L’augmentation tardive des cas de dépression souligne la nécessité de prêter attention aux signes avant-coureurs de troubles mentaux chez les pères, longtemps après la naissance de leur enfant. »
Des causes encore mal comprises
L’étude n’a pas permis d’identifier avec précision les facteurs déclencheurs de cette anxiété. Donghao Lu avance néanmoins une hypothèse : les pères assumeraient souvent un rôle de soutien dominant durant les premiers mois, ce qui pourrait, à terme, peser sur leur équilibre psychologique.
Cette zone d’ombre illustre un manque plus large de données sur la santé mentale paternelle. Le Dr Khatiya Moon, directrice médicale du programme de soins collaboratifs chez Northwell Health, le déplore : « Le dépistage des problèmes de santé mentale chez les pères est important, mais il est encore trop peu pratiqué. Un dépistage plus systématique nous permettrait de mieux repérer les pères en difficulté et de leur apporter le soutien nécessaire. »
Rompre l’isolement, une priorité pour les spécialistes
Face à ces constats, les médecins insistent sur l’importance de ne pas traverser cette période seul. S’appuyer sur son entourage — famille et amis — est présenté comme un levier essentiel de prévention.
Le Dr Moon pointe également un déséquilibre structurel : les mères bénéficient de nombreux rendez-vous médicaux et d’un réseau de soutien plus dense, tandis que les pères restent souvent en marge de ce suivi. Ce sentiment d’appartenance communautaire moins développé pourrait aggraver leur vulnérabilité au fil des mois.
Ces résultats plaident pour une évolution des pratiques médicales, avec un dépistage systématique de la santé mentale paternelle qui ne se limiterait plus aux seules semaines suivant l’accouchement.